Des sites historiques en Iran, en Israël, au Liban déjà endommagés, des centaines d’autres potentiellement menacés par la guerre : l’Unesco s’alarme des dégâts et risques pour le patrimoine face au déluge de frappes aériennes, missiles et drones au Moyen-Orient.
Deux semaines après les première frappes israélo-américaines sur l’Iran, « le conflit implique près de 18 pays, dans lesquels se trouvent environ 125 sites du patrimoine mondial et 325 autres qui pourraient être des sites du patrimoine dans le futur », souligne le directeur du centre du patrimoine mondial de l’organisation onusienne, Lazare Eloundou Assomo: « On parle de près de 10% des sites du patrimoine mondial qui pourraient être concernés ou victimes des conséquences des hostilités ».
« Les premières informations que nous recevons qui nous préoccupent et qui sont alarmantes ce sont les premiers sites qui ont été touchés, en Iran (…) mais aussi au Liban et en Israël », détaille-t-il.
Sur les 29 sites iraniens classés au patrimoine mondial, l’Unesco en a pour l’instant recensé quatre endommagés.
L’un des premiers touchés a été l’un des plus emblématiques: le palais du Golestan, édifice du coeur historique de la capitale iranienne parfois comparé à Versailles, aurait été « sérieusement endommagé » par des débris et l’onde de choc d’une frappe aérienne sur la place Arag voisine.
« C’est un palais incroyable avec ses miroirs décorés, ses lustres exceptionnels, un lieu où une grande partie de l’histoire de l’Iran s’est déroulée entre le XVIe et le XIXe siècle », souligne Lazare Eloundou Assomo.
Selon des images de l’AFP, des vitres ont été soufflées et le sol de plusieurs pièces était jonché de débris des innombrables miroirs, lustres et verreries colorées qui font la réputation du palais.
La mosquée Jameh d’Ispahan (centre), « avec une céramique incroyable, un dôme magnifique, qui a inspiré la construction des mosquées dans toute la région », le palais Chehel Sotoun, également à Ispahan, classé avec d’autres sites incarnant « l’art du jardin persan » et les sites préhistoriques de la vallée de Khorramabad (est) ont également été touchés.
– Mise en sécurité d’oeuvres –
En Israël, des frappes iraniennes ont atteint le quartier de la Ville-Blanche de Tel-Aviv, classé au patrimoine mondial.
Le Bauhaus Center a déploré sur Facebook « la destruction » de deux bâtiments construit dans ce style architectural de la première moitié du XXe siècle. « Ces maisons étaient bien plus que du béton et des balcons. Elles étaient des symboles de survie, de modernité et de la reconstruction de la vie à Tel-Aviv », écrit le centre.
Au Liban, où Israël mène des opérations contre le Hezbollah pro-iranien, des frappes se sont abattues à proximité de la nécropole antique d’al-Bass à Tyr (sud). Les ruines n’ont pas été touchées mais, selon un conseiller du ministre de la Culture cité par le quotidien L’Orient-Le Jour, « le futur musée de la zone, encore inoccupé, a subi des dommages: les vitres ont volé en éclats et des fenêtres ont été littéralement arrachées par le souffle de l’explosion ».
« La nature des dégâts ne peut pas être connue aujourd’hui », indique M. Eloundou Assomo: « Il va falloir aller sur place avec les experts pour faire des évaluations beaucoup plus précises ».
Dans un « contexte difficile, d’hostilités », cette évaluation se fait pour l’instant essentiellement via « des images satellites qui permettent de comparer avant et après ».
Des personnels locaux de l’Unesco ainsi que des professionnels sur place sont mobilisés « pour vérifier les informations, documenter, mettre en sécurité des objets archéologiques, des collections de musées ».
– « Bouclier bleu » –
Régulièrement confrontée à ces situations « depuis trois décennies », de l’ex-Yougoslavie à l’Afghanistan en passant par l’Ukraine ou le Mali, l’Unesco dispose de procédures spécifiques.
« Dès que les hostilités ont commencé, nous avons communiqué les coordonnées » géographiques des sites protégés aux Etats belligérants, rappelle Lazare Eloundou Assomo.
Des dispositifs signalétiques (drapeaux, panneaux…) sont également apposés ou peints sur les sites patrimoniaux, dans le cadre du « Bouclier bleu », comité lié à l’Unesco surnommé « la Croix-Rouge du patrimoine ».
Israël a quitté l’Unesco en 2017 et les Etats-Unis ont annoncé leur départ qui sera effectif fin 2026, mais il y a « un travail de dialogue, de communication » avec ces pays, qui sont signataires de la Convention de 1954 pour la protection des biens culturels en cas de conflits armés et de la Convention du patrimoine mondial.
Même si son action semble parfois vaine face à la puissance des bombes, « l’Unesco est dans son rôle d’amener tous les pays (…) à respecter leurs obligations, à protéger le patrimoine », estime Lazare Eloundou Assomo: « C’est notre rôle de plaidoyer que nous devons continuer à mener ».
Source : Afp